A l’origine de l’informatique, une carte perforée…

carte-perforeeQuand la carte informatique était perforée et en carton !

Plus nous avançons dans le monde numérique, plus grandit le nombre de voix artificielles qui accompagnent nos balades sur le web : chatbot1 par-ci, intelligence artificielle par-là… Plus le temps passe et plus il devient difficile de ramener dans nos mémoires le souvenir des origines de l’informatique !

Alors, si l’on remonte aux sources, avant même l’informatique populaire, à celle qui était réservée à des communautés (chercheurs, militaires…), certains des premiers objets de l’informatique deviennent presque surréalistes ! A l’heure où l’on cherche à miniaturiser sur des cartes minuscules l’intégration de la technologie de réception du Li-Fi2 qui pourrait bientôt connecter nos tablettes et smartphones à l’internet, difficile de visualiser une carte perforée !

Il était une fois… en 1728 naissait la carte perforée !

C’est en 1725 qu’un certain Basile Bouchon invente le concept de carte perforée dont la première vie se fera dans les orgues de barbarie. Dès 1728, des cartes perforées reliées entre elles viennent remplacer les rubans papier (plus fragiles) utilisés jusque-là dans les métiers à tisser. Jacquard perfectionne le système en 1801, ce qui vaudra à ses métiers d’être adoptés dans le monde entier.

C’est ensuite au mathématicien Charles Babbage que l’on doit l’idée d’utiliser les cartes perforées du métier à tisser Jacquard au sein d’une machine destinée à calculer l’impression de tables mathématiques. Le prototype de cette machine analytique sera repris par son fils qui en fit la démonstration à l’académie royale d’astronomie en 1908.

carte-perforeeLa machine analytique de Charles Babbage est considérée comme l’ancêtre de l’ordinateur. A l’époque (avant l’invention du mot « ordinateur »), on parlait de « calculateur ». En effet, c’est pour cette machine qu’Ada Lovelace rédige le premier algorithme exécutable  permettant de réaliser une série de calculs inscrits sur les cartes perforées. C’est l’utilisation de ces machines aux Etats-Unis, pour effectuer le recensement, qui sera à l’origine de la création des entreprises IBM et Bull notamment. Elles utilisaient les cartes perforées par Herman Hollerith. Ces cartes mesuraient 6 x 12 cm et comportaient 210 cases. En 1928, IBM fit breveter ses cartes à 80 colonnes. Sur ces cartes, les caractères alphanumériques étaient figurés par des perforations rectangulaires disposées en 80 colonnes parallèles, réparties sur 12 lignes. Les coins coupés permettaient de repérer le sens d’insertion dans le chargeur de cartes.

En 1946, le célèbre ENIAC (Electronic Numerical Integrator And Computer) voit le jour. Premier calculateur électronique, il mesure plus de 20m de long et 2,50m de haut. Ses données d’entrées et de sorties sont lues au moyen de cartes perforées.

La mécanographie, ou les beaux jours de la carte perforée…

L’ENIAC, ou encore le Colossus3 utilisés pendant la guerre, ont ouvert la voie à la mécanographie, première façon de traiter les données !

Avant qu’elles ne soient traitées par des transistors, les données transitaient par des assemblages complexes de relais électriques et d’engrenages destinés à gérer les cartes perforées, support d’entrée et de sortie des données. Ces assemblages électromécaniques, ou mécanographie, permettaient la réalisation de travaux de comptabilité, de gestion, de statistiques…

Les ateliers de mécanographie hébergeaient d’immenses machines bruyantes où veillaient en permanence mécaniciens et électromécaniciens, pour leur permettre de livrer des calculs de plus en plus importants au sein des grandes entreprises. La mécanographie s’est ainsi développée jusqu’au milieu des années 60. Ont ainsi voyagé sur cartes perforées des données de tous ordres : édition des paies, tenue des comptes bancaires, gestion des assurances, gestion des trains… À partir des années 60, ces outils mécaniques de calcul et de gestion de l’information sont progressivement remplacés par l’usage d’ordinateurs qui prendront le relai dès le début des années 1970.

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Explication de Philippe Nieuwbourg
Musée de l’informatique (dont le CIGREF est partenaire)

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1 Terme que Wikipedia traduit par « agent conversationnel » qui dialogue avec un utilisateur
2 Li-Fi (acronyme de light fidelity), technologie de connexion Internet sans fil qui utilise la partie visible du spectre électromagnétique
3 Le Colossus, calculateur électronique capable de réaliser 5.000 opérations/seconde, a permis pendant la guerre le décryptage des chiffres d’Enigma et de Lorenz

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3 Comments
  1. Caroline

    Merci de rappeler ce qu’on a affectivement du mal à imaginer quand on utilise tous les jours nos smartphones, et qu’on entend parler de drones, d’objets connectés, de voitures autonomes…

    Alors c’est vrai que les cartes perforées, même si elles étaient encore là dans les années 60, renvoient davantage dans l’idée à l’époque des dinosaures !

  2. Bos

    Bonjour
    Nous avions un Mini musée informatique à #andernoslesbains en Gironde qui avait été jumelé avec celui de Paris à la Défense avec une visite à distance par Philippe. Nous y avions une centaine de pièces d’ordinateurs personnels comme zx81, oric1, prix atmos, amstrad, Apple, Mac, Atari, Amiga, Mo5, TO7, …

    Tout cela est parti en fumée le 27 novembre 2016…
    Dans l’attente de la récréation éventuelle d’un musée, j’ai créé une page Facebook avec les photos de quelques-uns des appareils exposés.
    https://www.facebook.com/musee.informatique.andernos/
    Quels sont les musées existants aujourd’hui en France
    Un salut amical à Philippe
    Jean Robert Bos
    #andernoslesbains

  3. Damien

    Merci pour cette petite historique que je juge très utile car la plupart de nos lecteurs ne savent presque pas l’origine de l’internet et le domaine de la numérisation.

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