Devoir de mémoire numérique

Depuis 3 ans, « Histoire CIGREF » reconstitue sur ces pages la mémoire de l’histoire de l’informatique et des systèmes d’information pour en retracer les chemins, en rassembler les acteurs, rendre hommage à ses grands personnages.

Devoir de mémoire numérique
pour le centenaire de la Grande Guerre !

centenaire-14-18Centenaire de la Grande Guerre oblige, une fois n’est pas coutume, inversons la démarche ! Plutôt que de pérenniser la mémoire de l’informatique, contribuons avec elle aujourd’hui, à rendre hommage à des personnages anonymes auteurs d’une grande page d’Histoire !

Quand s’installe une nouvelle Culture Numérique, pourquoi ne pas utiliser ses technologies, la nouvelle dimension qu’elles offrent à l’information, à la mémoire, pour y inscrire cette page d’histoire ? C’est pourquoi nous relayons la démarche « Grande Collecte » entreprise par « la Mission du Centenaire ». Elle « invite les Français à partager leurs archives personnelles datant de la guerre 14-18 ». Cette Grande Collecte se déroule actuellement jusqu’au 16 novembre. Elle invite chacun qui posséderait des lettres, documents, cartes postales, etc. à les apporter pour qu’ils soient numérisés. Ces écrits privés, familiaux, constituent un véritable trésor historique, que ce soit par leur valeur sentimentale, mais aussi en complément des documents rassemblés par les historiens. Ils méritent d’être conservés pour enrichir l’Histoire. Une fois numérisées, ces souvenirs peuvent être récupérés par leurs propriétaires ou donnés aux organismes assurant localement la Grande Collecte.

Autre devoir de mémoire :
la Grande Guerre et ses « anciennes technologies » !

Habitués à cliquer et à voir s’afficher en quelques secondes, où que l’on soit, l’information du monde sur nos écrans tactiles, chercher à se rappeler comment circulait l’information pendant la Guerre de 14-18, exige un réel effort ! 

Pas encore d’informatique…

Et bien sûr pas encore de réseaux sociaux pour partager ses photos… D’autant que la photographie papier elle-même n’était pas si ancienne en 1914. En effet, c’est en 1812 que Nicéphore Niepce réussit à conserver pour la première fois des images sur négatif. Il lui faudra travailler encore des années pour parvenir à fixer de façon stable les images réalisées. Sa première photographie connue date de 1825.
Alors, comment les soldats, leurs familles, s’échangeaient-ils des nouvelles ? Comment pouvaient-ils éclairer un peu leur quotidien, partager quelques fugitifs instants de vie fixés sur des photographies prises pendant cette guerre ?

Les technologies de communication pendant la Première Guerre mondiale

Si dès la Seconde Guerre Mondiale, des machines électromécaniques avaient fait leur apparition, comme la célèbre Enigma utilisée pour le chiffrement de messages, ou l’ordinateur clandestin Colossus pour décrypter les messages chiffrés par Enigma… les moyens de communication de la Première Guerre Mondiale, reposent sur des technologies allant du télégraphe aux pigeons voyageurs !

Le télégraphe

telegraphesC’est en 1838 que Charles Wheatstone fait réaliser le premier « Télégraphe électrique ». Une ligne électrique relie Londres et Birmingham. À chaque extrémité se trouve une machine constituée d’un émetteur et d’un récepteur. En 1840 l’américain Samuel Morse dépose un brevet pour l’invention d’un télégraphe électromagnétique. Une invention inspirée des travaux de Wheatstone, complétés par un code original de transmission, le code Morse. Ce code transforme les lettres de l’alphabet en série de traits et de points variant l’impulsion, brève pour le point, longue pour le trait.

L’envoi du message se fait via un appareil relié à la ligne télégraphique. Il est constitué d’une lame métallique munie d’une pointe placée en regard d’un plot. Lorsque le contact s’établit, le courant passe, il déclenche un stylet qui marque le point ou le trait sur une bande de papier qui se déroule au fur et à mesure.

Le téléphone

telephone-de-campagneLa « transmission électrique de la parole », autrement dit « le téléphone » existe depuis 1854. Il a été exploité aux Etats-Unis en 1877. Exploité en France dès 1879, on dénombrait 1 abonné pour 183 habitants en 1912 ! Ce moyen de communication repose sur une infrastructure terrestre vulnérable et difficile à préserver. Dans l’armée, on utilise des « téléphones de campagne » réservés aux liaisons entre les régiments et leurs postes de commandement. Ces ancêtres du « téléphone mobile » requièrent l’installation de lignes, de câbles permettant d’établir rapidement des communications, y compris dans les zones exposées aux tirs ennemis. Inutile de dire le rôle essentiel et périlleux qu’ont pu jouer les téléphonistes pendant cette guerre.

Le courrier

Le courrier postal joue un grand rôle pendant cette guerre parce qu’il est le lien le plus fiable entre le front et l’arrière. Tant et si bien que les délais d’acheminement sont un réel sujet de préoccupation pour chacun. L’arrivée du vaguemestre, militaire chargé de la distribution du courrier, est espérée par les soldats.

Franchise-Postale

Conscientes de l’importance du courrier pour le moral des troupes, les autorités ont accordé une franchise postale permettant la gratuité du courrier circulant entre les troupes et leurs familles. De ce fait, des quantités impressionnantes de courriers sont échangées. Certains évoquent un million de lettres chaque jour ! Cela provoquera une raréfaction du papier. Peu à peu, le papier blanc sera remplacé par du papier de moins bonne qualité et cela oblige aussi les correspondants à restreindre leurs échanges.

Les pigeons voyageurs

colombophilie-militaireDu fait de la vulnérabilité des technologies nouvelles, exposées aux attaques de l’ennemi, tributaires du maintien des infrastructures, l’armée utilise aussi les pigeons voyageurs ! La colombophilie militaire a joué un rôle important pour garantir l’échange de messages. Par exemple, lors de la résistance du Fort de Vaux, isolé, privé de moyen de communication. Le commandant envoie des messages confiés à un pigeon nommé “Vaillant” qui réussit à braver les gaz toxiques. L’animal sera décoré pour ce fait d’armes !

Des pigeons voyageurs sont encore en fonction, en réserve au colombier du Mont-Valérien près de Paris : « Des troupes d’élite, régulièrement passées en revue, des athlètes de haut niveau et qui sont des militaires avant tout » ! Ces « réservistes » ne pourraient-ils pas dépanner si les technologies numériques et autres satellites de communication se retrouvaient hors service ?

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3 Comments
  1. Depecker Loïc

    La mémoire électronique a cet avantage sur la mémoire cérébrale et la mémoire historique de mettre à disposition des données documentaires en nombre (ce que ne fait pas la mémoire cérébrale) et en masse (ce que ne fait pas l’histoire). Les quatre années de commémoration qui viennent devraient changer la vision que nous avons aujourd’hui de la Grande Guerre, grâce à la numérisation.
    Insensiblement, en histoire et dans la vie, les perspectives bougent, et celles-ci devraient rapidement bouger quand on se rendra compte que ce conflit, qui parait si loin, devient soudain si proche, par la masse des faits de la vie d’alors qu’il va nous être donné de consulter.

  2. Marie

    Excellente idée d’avoir pensé à rappeler quels étaient les systèmes d’information de la Grande Guerre !
    Cette prise de recul fait du bien et permet de mesurer à quel point il pouvait être important pour les soldats et leurs proches de pouvoir garder dans le contact.

    Belle initiative aussi de relayer cette Grande Collecte qui va permettre d’enrichir considérablement la mémoire de l’Histoire !

  3. René

    Je partage les avis de Marie et Loïc, il est important d’entretenir la mémoire de tels moments d’histoire et le numérique est une opportunité à ne pas manquer pour ça. Surtout quand on lit que la qualité des papiers se réduisait comme peau de chagrin. On imagine bien que même ceux qui sont conservés auraient eu une durée de vie limitée !

    Belle rétro sur les moyens de communication et c’est sympa de rendre hommage aux “pigeons voyageurs” qui ont joué un rôle important pendant cette guerre !

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