Histoire des noms de domaines

Le nom de domaine est la première « vitrine numérique » de l’entreprise, de la marque, voire d’une personne ! Avant toute autre image accessible sur le web, il est porteur de son identité. A la différence d’une adresse physique, « avenue de Messine », qui ne véhicule pas d’information identitaire autre que le choix (plus ou moins aléatoire) d’une résidence géographique, le nom de domaine est non seulement choisi par son porteur, mais également personnalisé. « histoire-cigref.org » ou « cigref.fr » ne laissent place à aucune ambigüité sur une carte de visite papier ou numérique.

Quelle est l’histoire du nom de domaine internet ?

Si le web a un peu plus de 40 ans, le premier nom de domaine est apparu quinze ans plus tard, en janvier 1985. Ce premier nom de domaine est « nordu.net », demandé par un réseau universitaire et de recherche nordique. Concrètement sur internet, le nom de domaine est la réécriture d’une adresse IP pour rendre celle-ci plus facile à mémoriser. Le nom de domaine se décompose en deux éléments : le nom choisi (s’il est libre) et une extension de type « .fr », « .com », « .net », etc.

Le terme « domaine » affecté à l’internet  avait pour objectif de répartir les différents acteurs déjà présents sur internet en fonction de leurs domaines d’activité. Les premiers domaines ont été créés aux Etats-Unis. Quand le réseau s’est étendu au monde entier, de nouveaux domaines géographiques furent créés et attribués en fonction des pays. L’internet grandissant, les domaines relatifs aux activités comme le « .com » deviennent accessibles dans les autres pays du monde.

Si le choix d’un nom de domaine est libre, il n’est pas acquis à vie, mais « loué » auprès d’un bureau d’enregistrement (registrar en anglais). La réservation des noms de domaine de premier niveau et leur inscription dans les différents registres de noms de domaines, sont gérés par une société ou une association. Ces organisations, aussi appelées « Network Information Center » (NIC),  sont chargées du maintien des bases de données correspondant aux domaines de premier et de second niveau. Ces bases de données contiennent la liste des noms de domaine déjà réservés dans et l’identification des serveurs DNS ayant autorité sur ces domaines.

Les noms de domaines français et l’histoire de l’AFNIC

Le Network Information Center français est  l’AFNIC, Association Française du Nommage de l’Internet en Coopération. A l’occasion de la célébration des 25 ans du « .fr », Jean-Yves Babonneau, ancien directeur général de l’AFNIC, expliquait : « Le service NIC-France a vu le jour en 1994 et INRIA a géré le domaine national « .fr » jusqu’en 1997. Au début des années 1990, on comptait 300 noms de domaine en « .fr » et des cinq opérateurs historiques en 1994, on est passé à un millier fin 1997. Cette multiplication exponentielle des opérateurs liée à l’expansion de l’Internet, a engendré un volume d’activité trop important pour les services administratifs de l’institut. Le service a été externalisé en janvier 1998 sous forme d’une association, l’AFNIC, avec un pilotage assuré à 51 % par le service publique et 49 % par les opérateurs et utilisateurs ».

L’AFNIC gère non seulement le domaine « .fr » et les sous-domaines génériques comme les  « .gouv » et « .asso », mais aussi les domaines de premier niveau rattachés aux territoires français comme le « .re » (Ile de la Réunion), etc.

Actuellement, la fonction d’office d’enregistrement des domaines français de premier niveau de l’Internet fait l’objet d’un appel à candidatures ouvert à des opérateurs commerciaux de tous horizons. L’AFNIC a naturellement répondu à cet appel à candidatures, conditionné à un maximum de soutiens

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2 Comments
  1. Hubert Tournier

    Il y a eu des systèmes de correspondance entre des noms de machines (et non pas de domaines) et des adresses IP quasiment depuis l’origine de l’inter réseau.

    Implémentés sous forme de fichiers, ils étaient initialement gérés séparément dans chaque noeud du réseau.

    Puis, vers la fin de 1973, il a été proposé de les centraliser dans un fichier unique (pour les gouverner tous !), nommé HOSTS.TXT, et géré gracieusement par une société nommée SRI (cf. RFC 606 et 608).

    Le fichier d’origine, désormais vidé de son contenu, existe toujours dans la plupart des systèmes d’exploitation modernes. Sous les versions récentes de Windows, par exemple, vous le trouverez dans C:WINDOWSsystem32driversetchosts . Ainsi, la prochaine fois que le gouvernement américain décidera unilatéralement de retirer un nom des DNS sous son contrôle (www.megaupload.com en est un exemple récent bien connu…) vous pourrez le restaurer en y inscrivant manuellement sa résolution en adresse IP (ce qui fonctionnera bien sûr tant que le serveur visé ne sera pas lui-même saisi !). A méditer en tout cas, en ces temps de financement public d’un Cloud souverain…

    Du fait de sa gestion manuelle, ce mécanisme est rapidement devenu intenable. Quand les spécifications des noms de domaines ont été publiées en novembre 1983, il y avait alors près de 600 machines sur le réseau (!), dont 300 référencées dans le fichier hosts (cf. RFC 882, 883 et 1296).

    Après “nordu.net”, créé le 1er janvier 1985, le premier nom de domaine déposé en suivant le processus défini par les RFC a été “symbolics.com” le 15 mars 1985. Peu de sociétés ont suivi le mouvement cette année là (hormis feu-Digital), le nouveau système (DNS) ne prenant véritablement son essor qu’en 1986.

    La gestion du DNS a d’abord été assurée GRATUITEMENT par le service public américain (via l’InterNIC), avant d’être privatisée en mai 1993, en une sorte de délégation de service public auprès de la société Network Solutions Inc (NSI).

    Je ne sais plus qui a dit que “La privatisation c’est le vol du bien public”, mais c’est bien ce qui s’est passé aux Etats-Unis ! (et je précise à ceux qui m’ont vu avec les Mélanchonistes dans le tram T3 jeudi soir que je ne suis pourtant pas descendu à la station Porte de Versailles :-)). NSI, qui avait tout de même reçu 6 M US$ pour gérer le DNS, s’est mise à peine deux ans plus tard à réclamer des droits exorbitants pour la gestion de chaque domaine (50 US$ au lieu des 0,3 estimés par les spécialistes…). Du coup, la valeur de la société a rapidement atteint des sommets, avant sa revente 5 ans plus tard pour 21 milliards de US$…

    Cette période de l’histoire du DNS est merveilleusement racontée par Laurent Chemla dans son li[vb]re “Confession d’un voleur”. Laurent Chemla est l’un des fondateurs du registrar français Gandi, qui en 2000, a véritablement contribué à rouvrir ce “marché” des noms de domaines en France. Vu ce que j’ai exposé précédemment, je parle de marché un peu à contrecoeur, mais il faut bien reconnaître que leur première initiative pour DONNER ces mêmes noms de domaine (via le site eu.org, toujours actif) n’a rencontré qu’un très faible intérêt, les gens préférant manifestement payer ce qu’ils pouvaient avoir gratuitement !

    Le résultat des courses, c’est que Gandi a vendu plus de domaines en .com/net/org sur son premier exercice que le NIC France puis l’AFNIC n’en avaient écoulés en 15 ans, depuis la création du domaine .fr en septembre 1986 !

    Avant l’ouverture de la distribution de ce domaine 5 ans plus tard, les .fr étaient donc complètement marginalisés (il y avait plus de chances de trouver le site d’une société en le suffixant en .com qu’en .fr), Ce qui pouvait s’expliquer par la rigidité des procédures de l’AFNIC, critiquée jusqu’au Conseil d’État, qui qualifiait l’AFNIC de monopole injustifié…

    C’est pourquoi, en ces temps de fin de mandat présidentiel et de l’appel à candidatures du 20 mars 2012 pour la gestion des 11 noms de domaine français, j’espère que nous ne sommes pas en train de recréer le même hold-up qu’aux Etats-Unis.

    A tout prendre, je préférerais presque voir se positionner un trublion comme Free, dont une des filiales appartenant au même groupe (BookMyName) vend les domaines à prix quasi coûtant (5 € HT / an, là où d’autres sociétés françaises ne se gênent pas pour vendre la même chose à de 70 à 200 !).

    Tiens, puisque l’heure est aux propositions, je suggère à nos chers candidats de donner un nouveau sens à l’affirmation selon laquelle le domaine “.fr” serait un “espace de confiance”, en en restreignant l’usage aux sociétés qui acquittent leur taxes en France. Cela permettrait de repérer tous ces usurpateurs qui profitent des paradis fiscaux européens en laissant croire qu’ils se comportent de façon vertueuse…

    Bien cordialement,

    Cf. :
    http://www.rfc-editor.org/rfc/rfc606.txt
    http://www.rfc-editor.org/rfc/rfc608.txt
    http://www.rfc-editor.org/rfc/rfc882.txt
    http://www.rfc-editor.org/rfc/rfc883.txt
    http://www.rfc-editor.org/rfc/rfc1296.txt

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