Introduction au Pari informatique

Après la préface d’Emile Roche, le texte d’introduction au « Pari informatique » de Pierre Lhermitte, retrace clairement le contexte dans lequel cet ouvrage a vu le jour…

« Les ensembles électroniques sont apparus dans les industries civiles après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais les utilisateurs n’y virent tout d’abord qu’un perfectionnement des machines à calculer traditionnelles. Quelques années plus tard, la puissance et les possibilités des ensembles électroniques bouleversaient profondément la conception et le fonctionnement des centres de calcul. Le te calculateur» devenait un outil indispensable à toute recherche avancée et, en particulier, aux recherches nucléaires et spatiales.

Toutefois, seuls quelques spécialistes de cette nouvelle technologie allaient, dans des exposés futuristes, jusqu’à affirmer que son impact sur le monde économique serait profond et général.
Les ensembles électroniques ont commencé à déborder du domaine scientifique pour se substituer, très partiellement, au matériel mécanographique de gestion, il y a environ dix ans. Un peu plus tard, il est apparu aux spécialistes que le champ d’application dans ce domaine était extrêmement vaste.
Aujourd’hui, quelques années après les Etats-Unis, l’Europe occidentale a pris très largement conscience du bouleversement
profond que l’utilisation non seulement des machines électroniques, mais de l’ensemble des techniques de traitement de l’information, apportait dans notre univers économique. Par leurs conséquences sur l’homme et sur l’organisation, les effets de ces techniques dépassent très largement ceux de leurs lointains parents: la mécanographie et les calculateurs. Cette mutation, dont on ne vit à l’heure actuelle que les premiers balbutiements, n’est comprise que depuis quelques années aux Etats-Unis. L’Europe occidentale en a la prescience, mais tarde à l’accepter et à la comprendre.
La France toutefois attache, depuis quelque temps, une très grande importance à ce phénomène. Les Pouvoirs Publics ont considéré celui-ci comme un problème national en nommant, fin 1966, un délégué à l’Informatique, dont la mission est de mettre en œuvre l’ensemble des moyens scientifiques, techniques et financiers qui doivent permettre, en France, l’implantation du traitement de l’information. La création de ce poste répondait, d’ailleurs, à une suggestion émise par le Conseil Economique et Social dans son avis sur l’industrie électronique .
Le terme « Informatique », créé en France et progressivement adopté internationalement, était reconnu par l’Académie Française comme mot nouveau de notre langue, en avril 1966. Cette date marque sans doute l’époque à laquelle notre pays a pris conscience de l’importance de cette « seconde révolution industrielle ».
C’est en particulier dans les applications aux problèmes de gestion des entreprises que l’expression de seconde révolution industrielle apparaît justifiée, d’une part, par les mutations profondes qu’apportera, dans les entreprises, l’informatique de gestion, d’autre part, par son aspect complémentaire de la première révolution industrielle, celle du machinisme.

L’entreprise moderne, issue de la «révolution industrielle » du XIXè siècle, s’est organisée pendant la première moitié du XX• siècle; au cours de cette lente et progressive élaboration, elle a sécrété deux fonctions fondamentales de la vie des grandes entreprises : les services centraux et l’automatisation mécanographique de certains processus administratifs. A l’heure actuelle, la machine industrielle s’essouffle pour suivre le rythme du développement économique et menace de s’enrayer sous le poids de la prolifération des services centraux (stigmatisée en particulier par la célèbre loi de Parkinson et à laquelle concourt, d’ailleurs, l’insuffisance des possibilités de la mécanographie classique). L’adaptation des structures aux réalités techniques et économiques est devenue une pressante nécessité et il importe de bien savoir qu’il ne s’agit plus d’une simple évolution, mais d’une profonde mutation.
Il est remarquable de constater que, par un processus d’adaptation, c’est le progrès technique, cause profonde du phénomène, qui a apporté l’outil nécessaire à cette mutation : les techniques de l’informatique.
L’adaptation de nos entreprises à ces nouvelles techniques – adaptation indispensable pour assurer leur compétitivité sur le plan international et permettre l’épanouissement intellectuel et culturel de la population active – pose dès maintenant, et posera de plus en plus, au fur et à mesure du développement du phénomène, des problèmes extrêmement importants tant sur le plan social qu’économique et technique.
Le Bureau du Conseil Economique et Social, estimant que «l’automatisation de la gestion» semblait devoir être, au cours des prochaines années, un des principaux facteurs qui contribueront à améliorer la productivité des entreprises industrielles, mais conscient de l’importance des bouleversements qui risquent d’en résulter, a chargé la Section de la Production Industrielle et de l’Energie de préparer une étude sur les «conséquences prévisibles de l’automatisation de la gestion dans les entreprises industrielles ».

Cette saisine limitait ainsi le champ de la présente étude, en excluant l’automatisation de la production industrielle; la frontière n’étant pas toujours aussi nette qu’elle puisse apparaître à première vue, nous avons été conduits à traiter de l’automatisation de la gestion industrielle, ainsi que de l’influence des techniques de l’informatique sur les bureaux d’études et de dessins qui se situent à la frontière de la gestion et de la production.
Aussi la Section de la Production Industrielle et de l’Energie du Conseil Economique et Social a-t-elle retenu la définition suivante de l’automatisation de la gestion dans l’entreprise:
« L’automatisation de la gestion ou automatisation « administrative » concerne l’organisation, par utilisation « des techniques modernes de l’informatique, du traitement et des transmissions d’informations nécessaires « pour assurer, au sein de l’entreprise, les fonctions:
– de gestion administrative,
– de gestion commerciale (relations clients-fournisseurs),
– de gestion industrielle,
« C’est-à-dire toutes les fonctions autres que les fonctions de production proprement dite, justiciables quant à elles de l’automatisation industrielle ».

La partie essentielle de l’étude est constituée des cinq chapitres qui ont été réunis sous le titre: l’Enjeu du pari informatique dans la seconde partie de cet ouvrage. Mais il était indispensable, pour la logique de l’étude, de situer au préalable le pari informatique dans son cadre technique ; tel est le but de la première partie, consacrée aux données techniques de l’informatique. Le lecteur pressé pourra toutefois, s’il le souhaite, se dispenser de la lecture de ces prolégomènes, ou se contenter d’un rapide survol du chapitre premier s’il désire simplement prendre contact avec l’univers technique de l’informatique.
C’est toutefois à dessein que cette partie préliminaire a été quelque peu développée; peut-être certains lecteurs moins pressés y trouveront matière à une première initiation à l’informatique de gestion ».

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Un commentaire
  1. Guillaume Nottin

    A l’ère des réseaux sociaux, cette phrase peut faire sourire : “seuls quelques spécialistes de cette nouvelle technologie allaient, dans des exposés futuristes, jusqu’à affirmer que son impact sur le monde économique serait profond et général” ! De même, la dernière :”certains lecteurs moins pressés y trouveront matière à une première initiation à l’informatique de gestion” !

    Merci pour cette belle initiative de faire remonter à la surface ces documents, qui, même s’ils n’ont “que” 40 ans, figurent la préhistoire du monde numérique où nous sommes aujourd’hui.

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