Minitel, histoire d’un mythe résistant !

Printemps 2011… une révolution numérique est en marche, Facebook revendique plus de 500 millions « d’amis » de par le monde, 91% des entreprises françaises ont un compte Twitter et pourtant… Pourtant, il resterait quelques 2 millions de Minitel en service !

« Dis Papy, c’est quoi un Minitel » ? Et bien, il était une fois… l’histoire pourtant pas si lointaine du Minitel, puisqu’elle commence dans les années 70 (en même temps que celle du CIGREF qui vient de fêter ses 40 ans au service de l’informatisation des grandes entreprises) !  Au début des années 70, le CNET (Centre National des Études de Télécommunication) souhaite moderniser le téléphone français. Pour cela, il travaille sur le protocole X.25 (protocole de communication normalisé par commutation de paquets en mode point à point) que France Telecom, organisme d’Etat, décide d’utiliser malgré le challenge financier que représente cette innovation. Alors qu’Arpanet et la micro-informatique voyaient le jour aux Etats-Unis, l’Administration française privilégiait la « téléphonie et informatique ». La France opte donc pour l’usage du réseau Transpac, filiale de France Télécom gérant le protocole X.25, et qui permettra le raccordement du Minitel.

Le premier terminal Minitel est présenté au SICOB de 1974, sous le nom de « TIC-TAC » pour « Terminal Intégré Comportant Téléviseur et Appel au Clavier ». Pendant quelques années, à défaut d’applications concrètes, pourtant possibles grâce à l’association des concepts télécommunication et informatique, le TIC-TAC reste sous-exploité.

Mais en 1978, le rapport sur « l’informatisation de la société » de Simon Nora et Alain Minc préconise de fournir au grand public des services associant le téléphone et l’informatique. Ce rapport inspire aussi la terminologie « télématique » pour traduire le mariage technologique du téléphone et de l’informatique, appropriée au Minitel. De fait, également stimulée par la concurrence d’autres pays d’Europe comme l’Allemagne et le Royaume-Uni dans le domaine des télécommunications et de l’informatique, l’Administration décide de délivrer gratuitement à chacun un appareil rebaptisé « Minitel ». Il s’agit d’un terminal autonome avec un écran monochrome et un clavier, soit alphabétique, ou de type AZERTY comme la machine à écrire. Cette opération a pour nom « le téléphone pour tous » !

Le premier test d’annuaire électronique, baptisé Télétel, est présenté en 1980 et mis en place en 1981 sous forme expérimentale dans le département de l’Essonne, auprès de 2.500 foyers. Trois ans plus tard, une autre expérimentation est tentée sur le département d’Ille-et-Vilaine cette fois, pour le service d’annuaire électronique. Concluante, elle sera enfin généralisée à toute la France. La presse, qui avait été plutôt hostile au premier test du Minitel se montre alors plus enthousiaste.

Le CIGREF quant à lui aborde dans ses travaux une problématique concernant les entreprises françaises, celle des nouveaux moyens de paiements, dont le paiement par Minitel au cours de l’année 1982-1983.

La gratuité des terminaux du Minitel contribue à son succès. Leur nombre s’accroit entre 1984 et 1985. La facturation des services Minitel disponibles se fait alors selon la durée de consultation. L’accès au service « 3615 » sera le second facteur de réussite car il donne accès à de nombreux services. Ces services étaient au nombre de 145 en janvier 1984. Deux ans plus tard, on en dénombre 2.074 et jusqu’à 23.000 dans les années 90 !

En 1984, le CIGREF reverra encore la problématique Minitel dans la dimension « problèmes postaux » pour les grandes entreprises (écoulement du trafic postal, téléimpression…).

Pour le grand public, les services Minitel phares sont les messageries et notamment les « messageries roses » qui représentent près de la moitié des connexions courant 1990 avant de voir la courbe s’infléchir à partir de 1991 au profit de services à valeur ajoutée comme les conseils juridiques par exemple qui représentent une part non négligeable des temps de connexion.

A partir de 1993, l’usage du Minitel commence à décroitre. Cette décroissance coïncide avec le succès d’internet qui donne accès à une quantité d’information dont la recherche est facilitée par les liens hypertextes. Le Minitel est également victime de la fin de la gratuité des terminaux. Stratégie de gratuité remise en cause notamment par la mise à disposition de terminaux disposant pour certains de lecteurs de cartes bancaires et de combinés téléphoniques.

En 1997, une volonté politique de rattraper le retard français pris sur les technologies informatiques et le réseau internet n’encourage pas le développement des services Minitel. France Télécom relie alors son réseau Minitel à Internet. Il propose au téléchargement un logiciel qui donne accès au « I-Minitel ».

En 2000, si l’on se fie au nombre de logiciels téléchargés, le Minitel résisterait à Internet. Pourtant, dès 2001, les différents services, comme par exemple celui de la SNCF, ne cessent de voir leurs connexions diminuer.

En 2009, on annonce la fin du service d’annuaire, au grand dam de nostalgiques qui réagissent en nombre, notamment par mail et sur les forums. Reporté plusieurs fois, l’arrêt du Minitel pourrait être effectif à la fin de l’année 2011. Cette fois, pas seulement parce que la rentabilité du service n’est plus au rendez-vous, mais aussi parce qu’il devient difficile de trouver des ingénieurs au fait de cette technologie !

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Une réponse à Minitel, histoire d’un mythe résistant !

  1. Roger Bruneau dit :

    Un mythe c’est vrai, le Minitel on s’en est beaucoup servi et on garde le terminal sans avoir envie de s’en débarraser même si cela fait longtemps qu’il n’a plus servi !

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